Les Poteries d’Albi

poteries d'albi de plusieurs couleurs

« Les mains dans la terre, la tête dans les couleurs ». Voici ce qui résume bien Les Poteries d’Albi dont l’histoire est intimement liée depuis 30 ans à celle de Jardiland… Le spécialiste de la poterie terre cuite émaillée en France est fort d’une histoire familiale de plus de 100 ans qui se perpétue depuis six générations. Lore Camillo, actuelle gérante, a réussi son pari de perpétuer des traditions ancestrales tout en ancrant l’entreprise dans la modernité à travers des couleurs et des formes de poteries tendances. Rencontre avec cette dernière dans son atelier à Albi, classé Patrimoine Vivant. 

Bonjour Lore, commençons par l’histoire… Qu’est-ce qui vous a amenée à être aujourd’hui à la tête des poteries d’Albi ?
Je descends depuis cinq générations de briquetiers et tuiliers. Je suis la 6ème génération de céramistes des poteries d’Albi. Cela me paraissait ainsi naturel de perpétuer cette histoire familiale.

Racontez-nous l’histoire de la marque jusqu’à aujourd’hui.
Il y a effectivement une marque, Les Poteries d’Albi, à l’intérieur de laquelle deux marques subsistent, à savoir : Poterie d’Albi et Clair de TerrePoterie d’Albi représente l’entreprise familiale. A sa création, en 1891, il s’agissait d’une briqueterie-tuilerie baptisée La Briqueterie BergealEnsuite dans les années 1955, mes grands-parents sont arrivés à Albi et ont créé La Poterie Bergeal. L’entreprise a commencé donc à faire de la poterie, de l’art de la table et de la pierre reconstituée.
Dans les années 1975, mes parents, Bernard et Elisabeth Camillo, ont repris l’affaire et ont rebaptisé La Poterie Bergeal du nom de la ville. C’est donc devenu « Poterie d’Albi ». Ils ont tenu cette affaire pendant 40 ans et l’ont fait évoluer au fil du temps en même temps que le marché des jardineries en France.

En parallèle, j’ai fait des études de commerce et, en 1997, j’ai décidé de créer une autre poterie que j’ai appelée Clair de Terre au sein de laquelle j’ai beaucoup travaillé la bi-matière.

Il y a deux ans et demi, en 2015, mes parents ont décidé de prendre leur retraite et je me suis donc trouvée face à un choix à 40 ans : soit tout arrêter, soit continuer. J’ai décidé de poursuivre l’aventure et de réunir les deux équipes, Clair de Terre et Poterie d’Albi, au sein d’une même structure que j’ai appelée Les Poteries d’Albi.

équipe dans atelier des poteries d'Albi

Qu’est-ce qui vous a convaincue de poursuivre cette aventure ?
J’aime beaucoup le produit, la terre, les couleurs, les formes… j’aime mon territoire et qu’il y a une histoire liée à la ville et à la poterie. Je suis également très attachée à mon équipe. C’est une équipe de professionnels et de passionnés, comme moi, qui mérite que je me batte pour elle. Enfin, c’est une histoire familiale que j’avais envie de perpétuer dans le temps.  

Quel est votre lien avec la ville d’Albi ?
Albi est une ville de briques. En fait, ma famille a certainement participé par le passé à la construction de la ville puisque mes aïeuls étaient briquetiers-tuiliers. Même si aujourd’hui ce n’est plus notre activité, nous continuons à utiliser ce matériau que l’on voit partout dans la ville d’Albi, à savoir la brique rouge. On y trouve notamment la plus grande cathédrale de briques au monde.

Nous sommes intimement liés à ce territoire en tant que derniers témoins de ce passé de potiers. En effet, il faut savoir qu’en 1900, il y avait une vingtaine de poteries comme la nôtre sur la commune d’Albi.

Comment expliquez-vous que vous soyez les derniers ?
C’est un savoir-faire manuel qui s’est malheureusement perdu au détriment du savoir-faire industriel, de la mécanisation, des importations massives d’Asie.  Par conséquent,  il y a beaucoup de petites structures comme la nôtre qui n’ont pas pu perdurer.

artisan travaillant sur poterie d'Albi dans atelier

Qu’est-ce qui vous motive au jour le jour ?
Tout d’abord, mon équipe. J’ai énormément de plaisir à travailler avec mes collaborateurs au quotidien. Nous travaillons exclusivement dans la bonne humeur. J’estime que lorsqu’on passe un tiers de notre temps au travail, on se doit que cela se passe dans de bonnes conditions. Ensuite, parce que nous avons le plaisir de travailler un produit que l’on peut faire évoluer dans le temps, au fil des saisons et de la mode, en termes de forme et de couleur. Et puis, j’aime bien me dire aussi que les poteries que nous fabriquons procureront du plaisir à leur manière à la personne qui va les acquérir.  

Vous parlez d’évolution, de renouvellement de vos produits. Comment cela se passe ?
J’ai environ une idée à la minute et j’aime bien que les choses évoluent… J’aime en général la création sous toutes ses formes. Il peut s’agir de projets de musée, de projets d’atelier autour de la poterie, ou encore le renouvellement de nos propres créations effectivement.
Nous renouvelons 25% de nos collections chaque année, que ce soit en termes de forme ou de couleur. Pour moi, il est important d’apporter du sang neuf dans nos collections mais aussi un peu d’adrénaline dans l’équipe puisque celle-ci participe étroitement à tout le processus de création.  

Plus concrètement, qu’est-ce qui vous inspire ?
J’aime bien respirer et humer toutes les tendances, observer les couleurs que l’on peut trouver dans la nature, dans le végétal, dans les fleurs mais aussi dans le textile, dans les coussins, les tapisseries, les luminaires… J’apprécie aussi les matières brutes comme le bois, le verre, le granit. Le toucher est également très important en plus de la vue, c’est pourquoi j’aime bien marier ces deux sens : le toucher de la terre cuite et les couleurs des émaux.

Pouvez-vous nous parler de votre spécialité : les couleurs !
Nos couleurs sont très lumineuses, très profondes…  Le rouge a été créé par ma mère, il y a déjà de cela une quinzaine d’années. Elle faisait figure de précurseur à l’époque et passait alors pour une originale…  Mais cela a fait la signature de la marque. J’aime la luminosité d’un jaune, d’un « soleil couchant » qui, comme son nom l’indique, fait penser plutôt à la lumière rasante de fin de journée. J’aime bien le « bois et nature » avec lequel j’ai voulu associer le vert du végétal et le bois. Pour la couleur « jungle », je m’étais inspirée de l’Amazonie, de tout ce qui est camouflage…

Chaque couleur m’a été inspirée par quelque chose que j’aime comme « l’esprit délicatesse » qui me rappelle le bois flotté, la dune du Pyla… c’est une région où je vais depuis que je suis petite.

détail poterie d'Albi

Pouvez-vous nous donner la signification de l’expression « Créer juste, pas juste créer » que vous aimez beaucoup ?
Je n’aime pas créer pour créer. Pour moi, « créer juste » cela veut dire arriver à fabriquer une poterie qui arrive sur le marché à un moment où le consommateur l’attend. Ainsi, il est facile de créer mais la difficulté en création réside dans le fait d’arriver à mettre au point des couleurs et des formes qui vont arriver à un moment précis sur le marché, au bon moment. C’est-à-dire que lorsque le consommateur voit le produit, il y voit à la fois une nouveauté et aussi quelque chose qui ne le heurte pas trop afin qu’il puisse s’y habituer vite et l’acquérir.

Quelle est la spécialité de Les Poteries d’Albi  ?
La particularité de Les Poteries d’Albi est que nous sommes les derniers à fabriquer au tour. Nous avons des confrères qui utilisent les techniques du plâtre, de l’estampage, de la corde… Ce sont de très belles factures. Mais de notre côté, nous avons conservé le tour.
Nous partons du pain de terre – nous travaillons une argile rouge puisqu’ Albi était une ville d’argile rouge – et nous façonnons les pièces à la main.

Comment sont réalisées les poteries ? 
Un tourneur réalise ainsi entre 70 et 120 pièces par jour. Et puis le lendemain ou le sur-lendemain, il reprend chaque pièce une par une et les nettoie, les estampe, les estampille avec un tampon et les troue au centre de la pièce pour pouvoir les émailler par la suite. Il veille aussi à ce que les pièces ne se valisent pas et les laissent sécher le temps nécessaire selon l’hydrométrie, la saison…  Cela peut durer entre une semaine et un mois et demi en fonction également de la taille de la pièce.

fabrication des poteries d'Albi dans l'atelier

Ensuite, nous procédons à une première cuisson de la poterie en biscuit – la poterie brute comme on dit. Elle pourrait être commercialisée dans cet état mais nous la laissons poursuivre son chemin jusqu’aux ateliers d’émaillage – nous avons une réelle expertise dans l’émaillage puisque nous le pratiquons depuis 1955.

Après être émaillées, les pièces repartent une seconde fois au four pour être, une fois défournées, contrôlées.  Si le contrôle s’avère positif, elles partent aux expéditions et sont mises en palettes afin de rejoindre les jardineries un peu partout en France.

Quel est votre moment préféré dans ce processus ?
Le matin quand on défourne….entre 6h30 et 7h00. On ouvre les fours qui tournent à 200 degrés et donc les pièces sont très chaudes. Selon la température ambiante de l’extérieur, les pièces vont se dilater pour refroidir, elles vont « chanter ».  Et moi, j’adore ce son !  C’est un peu comme les cloches de Pâques. Depuis que je suis toute petite j’entends ce chant et je ne sais pas… je trouve qu’il a quelque chose de gai qui donne le sourire.

Vous dites que chaque pot d’ici raconte une histoire…
Pour moi, c’est beaucoup plus qu’un pot. Ce sont tous les efforts de mes équipes derrière, toute l’émotion, l’amour et la passion qui ont été insufflés. J’ose espérer que le consommateur ressent ce petit supplément d’âme, cette authenticité, cette histoire…

poterie d'Albi faite au tour

Le fait-main est omniprésent chez vous… Combien de fois touchez-vous les pièces lors de la fabrication ?
C’est vrai qu’avec ma mère un jour nous nous sommes amusées à compter combien de fois on manipulait les pièces à partir du moment où les tourneurs prennent le pain de terre jusqu’au moment où la poterie part de nos ateliers. Nous avons calculé que l’on manipule en moyenne 24 fois une poterie avant qu’elle puisse partir. Cela met en lumière le fait que la main de l’homme est prépondérante chez nous. Les seules machines que vous trouverez dans nos ateliers sont les fours pour la cuisson.

Comment est-ce que vous décririez les valeurs que vous souhaitez inculquer à vos équipes ?
Pour moi, le plus important ce sont le partage et l’entraide. J’ai à cœur que les équipes et les ateliers s’entendent bien et se prêtent main forte. Qu’il y ait beaucoup d’humanité entre nous, de compréhension et de tolérance aussi. Mes grands-parents ont toujours eu des étrangers dans l’entreprise, des portugais, des espagnols, des italiens… Mes parents par la suite ont eu des travailleurs des pays de l’Est. Pour moi cette mixité est essentielle. Tout autant que l’authenticité, la sincérité, la spontanéité.

POUR ALLER PLUS LOIN

 –

Retrouvez les poteries d’Albi sur le site de Jardiland ! 

Laisser un commentaire

Share On Facebook
Share On Twitter
Share On Pinterest
Share On Youtube